L’Amphithéâtre

Voici l’Histoire d’une oeuvre d’art raconté par son créateur : Loul Combres.

C’était en 1969 que l’architecte Jean Claude Peytavin me contacta pour me parler du chantier qu’il réalisait pour un lycée à Mende et d’un projet artistique qu’il souhaitait au sein de ce vaste ensemble. Apres quelques entrevues, après avoir étudier les plans, je lui proposais, non pas d’installer une sculpture mais d’investir un espace et de créer un forum, un lieu de discussions. Tout cela dans un environnement de plusieurs formes sculptures qui devraient renforcer cette notion de « Théâtre ».
Nous avions alors des rencontres amicales et de travail avec l’architecte, monsieur Peytavin, le sculpteur Auricoste qui devait réaliser la sculpture d’accueil du lycée .
(Auricoste était très connu du monde artistique ce qui m’impressionnait, n’étant moi qu’un jeune dans la profession ).
Apres 3 mois de travail je proposais donc une grande maquette de l’espace. Nous étions au
lendemain de mai 68. Ils restaient de nombreuses tensions. Et je proposais un lieu de
rencontres avec des sculptures dont les titres étaient :
« Confrontations, Persuasions, le penseur, la foule, tout cela prie dans un sol, genre de toile
d’araignée, circulation des idées, brassage des pensées. »

Le sol avait une grande importance pour relier tout l’ensemble.

Auricoste me disait souvent « mais qu’est qu’il te prend d’en faire autant, des sculptures, des gradins, un sol travaillé et tu vas tout payer sur ton budget ? Mais il ne va rien te rester ? Fais comme moi : une sculpture. On t’en demande pas plus pour le même prix ».
Toujours est il que nous sommes partis en train avec la maquette à Paris pour la présenter et la défendre au ministère de la culture qui nous avait convoqué.
Nous y sommes reçu par le directeur de la culture, monsieur Troche (neveu du président
Charles de Gaule).
(Petite anecdote : Ce fut dangereux de voyager dans le train de nuit, Marvejols- Paris avec
cette grande maquette que je protégeais comme un trésor. Puis arrivé à Paris en faire autant dans un taxi. Mais au ministère de la culture, dés notre arrivée, un huissier s’est senti obligé de nous débarrasser et voulu se charger de la dite maquette malgré mes réticences .Et dés les premières marches, il trébucha et s‘étala dans l’escalier avec mon trésor . Je me suis jeté pour la sauver et là, l’huissier, me dit « non ça va, je n’ai pas mal, ne vous inquiétez pas »)
Monsieur Troche nous reçut, monsieur Peytavin et moi-même et après nous avoir écouté sans nous regarder, et jetant un coup d’oeil sur la maquette : « nous vous avons demandé une œuvre d’art et non un théâtre de la contestation et installer ainsi un lieu de révolte ? Ne croyez vous pas que la révolte des jeunes cela suffit. Revoyez votre copie, vous me paraissait d’ailleurs bien jeune pour un tel chantier. La rencontre est terminée. »
Un an plus, tard, monsieur Peytavin, qui souhaitait la réalisation de ce travail, demanda
un nouveau rendez vous. Les temps avaient changé, le directeur de la culture aussi, c’est
ainsi que l’accord en 1970 nous fut enfin donné.
Le sculpteur AURICOSTE avait déjà installé son œuvre « l’Envol » à l’entrée du lycée .
Cette sculpture qui était une grande synthèse de son travail, méritait une place dans l’histoire de la sculpture française, mais par une décision « ridicule » elle fut démontée et le métal donné à l’atelier de ferronnerie pour des exercices d’un autre genre. Cela reste un scandale, car cette sculpture appartenait à tous, payée par de l’argent public. Auricoste, grand amis de Picasso, de Matisse et de toute cette génération d’artiste, aurait du être une référence pour ce lycée .
En 1971, enfin, j’attaquais sur place les travaux, ou avec mon budget, je prenais en charge :
les terrassements, la création des gradins, et les réalisations des sculptures (à l’origine
habitable). En 3 mois nous avons réalisé l’ensemble sous le regard des lycéens, bavardant
avec eux tous les jours dans le cadre de ce chantier ouvert .
Les services des garanties décennales m’obligèrent, malgré mes réticences à faire une
projection d’un film plastique sur mes céramiques. ( ce qui était une ineptie, car la terre cuite doit respirer) . Résultat : la terre étant bloquée sous le film, ne put réagir aux mouvements de pluie, de gel et des éclats de surface se firent progressivement. En1978 je demandais des corrections à l’entreprise, qui étant en faillite ne donna pas suite. Et il sembla que le problème n’intéressait personne, le sol ne fut pas entretenu ni les gradins. Ce lieu qui aurait du être un lieu de vie, agréable, stimulant, créatif, survit seulement.
45 ans après, alors que les murs du lycée furent refait plusieurs fois, ce travail ne mériterait il pas lui aussi, d’un nettoyage, d’un lifting, d’une renaissance .
En 2014, ce forum a fait partie des œuvres contemporaines choisies par le ministère de la
culture et le rectorat, pour être présenté dans les journées du Patrimoine .Avec le collège de
St Chely d’Apcher, ce sont les deux seules œuvres ainsi reconnues pour le département de la
Lozère.